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  • Thomas Lesourd

Ad'tal.

Je l’ai connu avant mes premiers films, avant mes études, avant mes premiers voyages, avant mes premières baises, mes premiers jobs, mes premières projections. J’avais jamais touché une table de montage de ma vie et il n’avait apparemment toujours pas trouvé la bonne taille de manteaux. Nous habitions depuis 10 ans à 500 mètres l’un de l’autre, voisins de bureaux, voisins de cinoches, voisins de consoles, voisins de transports dans des aventures toutes plus débiles et spectaculaires les unes que les autres. Quand la maladie l’a frappé, il a fui les réseaux sociaux, le téléphone. Il s’est, sinon caché, fait le plus discret possible. Ca a laissé certaines personnes dans le noir, et se sentir mises à l’écart … Il en était sincèrement désolé, et tous les petits mots que je lui ai transmis on été reçus par lui avec joie, mais il tenait à vivre ce combat dans la méditation, le calme et un entourage très restreint. Et un minimum de visites extérieures, même si il a accueilli avec joie tous ceux qui passé ce barrage invisible. Il aimait toujours qu’on le voit. Il détestait simplement qu’on le voit parce qu’il était malade. Choix frustrant pour beaucoup, mais on ne discute pas les derniers voeux d’un condamné.

Cette dernière année, il habitait dans la maison en face de la mienne. Je lui faisais coucou par la fenêtre quand il fumait sa clope sur son perron.

Au cours de ces derniers mois, on s’est fait un p’tit bilan, assez large, comme on a tous les deux l’art de la digression. Du Big Bang aux théories des Quarks, des Gilets Jaunes à Mad Max, des premiers récits humains aux déformations de langages de « la modernité ». On parlait beaucoup de dictatures, d’effondrement. Mais comme on aime beaucoup la sf, on parlait encore plus d’humain, de reconstruction aussi. Comme un long topo de milieu de parcours, avec un frère d’armes qui vous annonce qu’il ne va pas pouvoir vous accompagner jusqu’au bout. Qu’il avait encore un paquet de choses à dire, une envie de créer jamais éteinte. Il a écrit jusqu’au bout. Et riait toujours autant même quand il avait mal.

T’es vraiment chiant de te barrer, Hugues. Je t’aimais. Je t’aime toujours d’ailleurs, mais t’es super chiant.